Douleur - Mémoire de la douleur & Comportement

Introduction
La relation entre les problèmes médicaux et comportementaux peut se révéler un peu délicate, même dans les cas relativement simples.
Parmi les cas référés dans le rapport entre la douleur et le comportement par plusieurs auteurs, la prévalence ces dernières années varie de 28 à 82 %, et nombre de ces troubles peuvent être suspectés par une observation attentive du patient.
Comment la douleur, la mémoire de la douleur et le comportement sont-ils liés?
Et, pourquoi peuvent-ils impacter défavorablement et parfois de façon durable, l'humeur, la sensibilité, l'état émotionnel et donc la perception du monde du chien?
Exemple
Un chien est atteint d'une otite douloureuse. Il se montre désormais craintif envers les mains, ou bien il a grogné ou mordu la personne qui a tenté de le caresser sur la tête.
La première chose à faire est évidemment de traiter et de résoudre la cause de sa douleur ou de son inconfort en consultant un vétérinaire.
Toutefois, selon l'histoire et les expériences vécues par cet animal, résoudre l'infection de l'oreille ne garantit pas que la guérison appuiera sur le bouton Reset du problème de comportement qui s'est développé simultanément avec l'évènement douloureux.
Lorsque des expériences se répètent au fil du temps, elles peuvent entraîner des changements durables de comportement. Nous parlons alors d' apprentissage.
Les informations apprises sont stockées en mémoire. Les processus d'apprentissage peuvent se dérouler de multiples façons et faire intervenir de nombreux mécanismes.
Peut-on oublier un événement douloureux ?
Tout dépend de la personnalité de l'individu, du contexte et des émotions associées.
Les circuits cérébraux de la douleur et de la mémoire se réorganisent durablement, ce qui peut avoir des effets délétères.
« La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l'ivresse.» Marcel Proust, Albertine disparue, À la recherche du temps perdu (1925)
Il est tout à fait possible que cet animal ait appris, surtout s'il a eu une socialisation difficile par le passé, qu'une caresse sur la tête est un signe de douleur.
Comprendre l'historique d'apprentissage de la douleur chez un chien implique de reconnaître comment les expériences douloureuses passées, même guéries, façonnent son comportement actuel.
Cela peut entraîner des comportements d'évitement, des modifications émotionnelles (peur, agressivité) ou des habitudes compulsives comme le léchage excessif, créant ainsi des problèmes chroniques même après la guérison de la blessure initiale.
Détecter les changements comportements subtils
Il est donc crucial que les changements comportementaux subtils soient détectés précocement.
Les chiens s'adaptent en dissimulant la douleur ou en développant de nouveaux mécanismes d'adaptation.
La douleur et la mémoire de la douleur peuvent affecter l'humeur et le comportement.
«Une difficulté à progresser dans un programme comportemental ou des régressions fréquentes et inexpliquées doivent inciter à rechercher une douleur potentielle. Il est toutefois préférable de traiter d'abord une douleur suspectée plutôt que d'envisager son importance seulement lorsque l'animal ne répond pas à la thérapie comportementale.» Réf. Mills, et al.
Historique d'apprentissage
Donc, même lorsque le vétérinaire a soigné le chien et qu'il est donc guéri, dans certains cas, il s'agira de se concentrer sur cette réaction émotionnelle ou comportementale résiduelle ou/et d'aider le chien à améliorer sa collaboration et sa tolérance.
Comment la douleur contribue aux comportements problématiques
Identifier la douleur chez le chien présente de nombreux défis, à commencer par la nécessité pour les partenaires de chien à reconnaître et signaler les signes.
Chez le chien, la douleur ne se manifeste pas toujours par des signes évidents comme des gémissements ou une boiterie.
Des symptômes légers, tels que des raideurs, une réticence à l'activité physique ou de subtils changements de démarche, peuvent passer inaperçus.
De plus, certains chiens continuent de pratiquer des activités physiques intenses, même lorsqu'ils souffrent, et les gens concluent parfois à tort, que le chien "S'il avait mal, il ne le ferait pas."
Toutefois, l'exercice aérobique favorise la libération d'endorphines, des analgésiques naturels qui contribuent à atténuer la perception de la douleur.
La douleur peut contribuer aux comportements problématiques de plusieurs manières, soit en tant que cause directe, soit en exacerbant des problèmes existants.
Limites professionnelles
Il s'agit donc de bien définir les limites professionnelles.
Si vous êtes spécialiste ou comportementaliste canin, vous pouvez tout à fait dire ceci au partenaire du chien :
«Très bien, faites examiner et soigner votre chien par un vétérinaire. Je peux vous aider pour la partie émotionnelle et comportementale, s'il existe un comportement résiduel dans la façon dont votre chien réagit aux circonstances similaires. e suis là pour vous aider."
Du côté du vétérinaire : «Très bien, traitons cette otite.» Et s'il y a un comportement persistant, il s'agira probablement de faire appel à un spécialiste du comportement."
Il est donc essentiel de comprendre que ce ne sont pas seulement les changements d'état médical ou de santé qui comptent, mais aussi les apprentissages vécus par l'animal au fil de sa vie ou durant cette expérience particulière.
Et c'est important dans les cas plus difficiles ou délicats à diagnostiquer ou à traiter.
En effet, l'historique d'apprentissage peut être significatif et doit être pris en compte dans le cadre du programme thérapeutique global.
Même si un problème de comportement est d'origine médicale, le traitement de la cause médicale ne résoudra pas forcément le problème actuel qui s'y est greffé par association.
Le chien peut être aidé, mais il s'agira d'aborder la situation d'une manière globale, et holistique et les aspects liés à l'apprentissage durant la phase douloureuse.
Chez le chien, l'apprentissage de la douleur repose sur un mécanisme d'association : le chien associe des situations ou des mouvements à une sensation désagréable, ce qui engendre des comportements d'évitement persistants même après la disparition de la douleur.
Il en résulte une peur acquise, une réticence (par exemple, à monter les escaliers) ou même des comportements compulsifs comme le léchage.
Quant à la douleur chronique, elle provoque des modifications du système nerveux central, amplifiant les signaux douloureux, réduisant la résilience émotionnelle et créant des mécanismes d'adaptation inadaptés.
Ces modifications affectent l'humeur et rendent le chien irritable ou anxieux, impactant ainsi sa capacité d'apprentissage globale.
Douleur& mémoire de la douleur.
La relation entre les problèmes médicaux et comportementaux peut se révéler un peu délicate, même dans les cas relativement simples.
Parmi les cas référés dans le rapport entre la douleur et le comportement par plusieurs auteurs, la prévalence ces dernières années varie de 28 à 82 %, et nombre de ces troubles peuvent être suspectés par une observation attentive du patient.
La mémoire de la douleur est un phénomène neurologique où le cerveau enregistre des expériences douloureuses intenses ou prolongées, créant des traces (dans l'hippocampe et l'amygdale) qui peuvent persister après la guérison des tissus.
Ce mécanisme, impliquant la plasticité neuronale (potentialisation à long terme), peut déclencher une douleur chronique ou des douleurs fantômes.
Dans certains cas, la recherche de la seule cause initiale est vaine.
Les facteurs, souvent divers, qui le perpétuent doivent être identifiés et traités de manière ciblée et interdisciplinaire.
La douleur et ses causes sous-jacentes doivent être traitées. Cela implique de considérer les facteurs contextuels.
Professionnels : Ensemble nous pouvons aider en formant un Team
Evitons les situations de communication délicates. Mettons le partenaire du chien, le vétérinaire, et le spécialiste canin en relation.
Restons chacun dans le cadre de notre rôle professionnel, en étant conscients que pour aider le chien, nous formons idéalement ensemble une seule et même Equipe!
Le vétérinaire, le partenaire du chien et son chien, et le spécialiste canin.
Nous pouvons établir ce dialogue, tout en restant respectueux, et mettre le bien-être du chien au centre de la conversation.
Au lieu du "Je" individuel, préférons faire en sorte que notre objectif ultime soit d'aider l'animal, et que ce Team reflète intégralement avec bienveillance et empathie un "Nous"!
Soyez créatif!
Merci de respecter la source.
Sylvia Kramer
Comportementaliste Spécialisée Certifiée
TR IDTE
Turid Rugaas International Dog Trainer Education.
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